Mais, pourquoi paierait-on les photojournalistes en salaires ?

…et parfois, J’ai très envie de répondre au premier degré. Comme ce matin. Une question m’a fait réprimer un soupir de désespoir… j’y viens.

dejeuner pigistes

Travailler ensemble…

J’assistais au Petit Déjeuner de la Pige en compagnie de Carl (photo) fraîchement revenu de Madagascar, Joseph, Pierre, Jean-Marie & quelques autres. Le thème de ce matin ? « La collaboration rédacteur-photographe ». Parmi les intervenants (photo ci-dessous), Gabrielle Blanchout, de l’association Profession : Pigiste, venue présenter Jérômine Derigny, photo-journaliste, et Aude Raux, rédactrice-presse, toutes deux membres du collectif Argos.

De quoi a-t-on entendu parler ? Du rapport entre photographe et rédacteur en conditions de reportage, ce qu’a largement expérimenté Argos pour son travail de cinq ans sur les réfugiés climatiques ; les journalistes ont élaboré et développé leurs sujets en binôme.

…pour mieux vendre ses sujets ?

Je suis volontiers convaincu que travailler à deux donne une véritable valeur ajoutée à un sujet. Comme l’a rappelé Aude Raux, on profite de deux réseaux, on s’épaule, etc. Quand à la question de la rémunération, son collectif a fait le choix de l’équité : le salaire, c’est 50-50, puisqu’ils estiment que photographe & rédacteur font le même travail de recherche journalistique. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me parle !

…et être payé.

Et là, c’est le drame. Parce que, quand on parle salaire et travail en indépendant dans la presse… c’est la cour des miracles ! Une jeune femme, auteur-photographe, prend la parole : « Mais pourquoi  vous vous faites payer en salaire ? C’est plus facile qu’en droits d’auteurs ? » J’ai failli bondir ! à ma gauche, Joseph soupire…

Alors permettez-moi ce rappel capital, et je remercie Google de bien vouloir indexer correctement ce que je vais écrire : tout travail de journaliste doit être payé en salaire.

Cette disposition ne doit souffrir aucune contradiction puisque c’est la loi-même qui le dit. Que l’on soit un journaliste pigiste ou en poste, c’est la même chose ! Les rédacteurs  sont plus rarement confrontés à ce problème (quoique)… mais nous-autres photo-journalistes, que voulez-vous… nous sommes… nous sommes des artistes !

Le mot est lâché. Artiste. « Artiste-auteur », même, c’est un statut et c’est l’Agessa qui s’occupe de nos cotisations. Malheureusement, on oublie trop souvent que ce statut ne doit servir qu’à vendre des tirages d’art, des créations originales, mais certainement pas un reportage pour la presse.

Je viens de terminer mon travail pour Télérama Sortir. Quand j’ai demandé à être payé en salaire, mon interlocutrice a semblé surprise… surprise. Carrément. Mais n’a pas refusé pour autant. On parle souvent de ces patrons qui « voudraient nous exploiter », ou quelque chose dans le genre, mais on oublie un peu ces photographes qui font fi de leurs propres droits. Souvent pour une raison un peu idiote : on gagne immédiatement un peu plus en éditant une note d’auteur qu’en recevant un bulletin de paie… du coup, on se retrouve sans sécu, ni retraite. Et je ne parle même pas du chômage… Bon, et puis il y a aussi une certaine ignorance de ses propres droits dont profitent nos commanditaires : après tout, c’est moins de charges pour l’entreprise…

Quand on n’est pas payé en salaire, et qu’on laisse de côté la sécurité sociale, alors on va au devant de graves ennuis financiers en cas de maladie, d’accident… Le cas de la légendaire Françoise Demulder est à ce titre tristement exemplaire :

« Le 29 octobre 2003, une vente de solidarité réunissant 300 tirages de photographes internationaux, organisée à la Galerie Vu à Paris, rapporte la somme de 171.000 euros, destinée à venir en aide à la photojournaliste française gravement malade et démunie de couverture sociale. Lors des enchères, la photographie qui avait valu le World Press Photo à Françoise Demulder est adjugée pour 11.000 euros à Yann Arthus-Bertrand. » (source : Wikipedia)

S’il vous plaît, chers confrères photojournalistes : faites-vous payer en salaire !

Et si vous vous retrouvez dans des situations ambigües face à des patrons indélicats, des associations comme Freelens, ou bien la liste « piges » sont là pour vous aider !

[EDIT] et pour enfoncer le clou, une petite définition :

Un pigiste est un journaliste rémunéré à la tâche (par exemple au nombre de caractères ou de pages pour un rédacteur, à la durée dans l’audiovisuel, au nombre d’images pour un photographe…). Un pigiste peut collaborer à un ou plusieurs médias.
fr.wikipedia.org/wiki/Pigiste

dejeuner pigistes

Comment ça, je ne fous rien ?

Du point de vue du blog, je n’ai pas été très actif. Un peu perfectionniste (si, si…), je renâclais à publier une note about nothing. Du coup, les effets sur la maman de Thomas (et certainement sur d’autres mamans ! Grands Dieux…) ne laissent aucun doute : « mais il fait quelque chose, en ce moment, Antoine ? »

fryda hyvonen backstage

Comme je l’évoque dans une précédente note, mon métier démarre depuis octobre. Avant : EMI-CFD, galères et rendez-vous icono sans débouchés. Le Monde, La Vie, Le Pélerin, 01 Informatique, Phosphore, Enjeux Les Echos, Prisma Presse, Challenges, La Croix, Courrier Cadres, Le Figaro Magazine, Psychologie, Capital, L’expansion, Première, L’Optimum, Le Monde 2, Studio, etc. !

Je suis allé rencontrer tous ces gens au cours des derniers mois, et il en reste quelques-uns dans ma to-do-list, sans compter les agences « corporate ».

Cet été, j’ai investi dans mon book. Bout-à-bout, des tirages chez Picto au book en lui-même… sûrement dans les 900 euros. Oui, j’ai bien retenu qu’il fallait mettre le prix pour un book :

« The portfolio tells me a lot about the photographer and how ready they are for representation. I’ve seen a lot of top-notch websites and then really poorly compiled portfolios. The artist portfolio is just as important, and should be professional and well-edited. The prints should be of a consistent and high quality….. It takes quite an upfront investment to pull together your promotional materials, which is so so important in competing in this industry. » (via Adventure Photographer ; interview complète sur toomuchchocolate.org)

Et puis il y a eu Visa Pour l’image. Et, là, quelques jours plus tard, alors que je me demande comment je vais payer mon loyer, tout démarre : Challenges, dont j’ai rencontré le D.A. fin août, m’appelle pour le portrait de Christophe Sabot. Du coup, je relance Le Monde avec ce portrait. Et moi de photographier Laurent Storch, nouveau directeur des programmes chez Tf1.

Depuis octobre, je travaille régulièrement pour la presse. Dans l’ordre : Challenges, Le Monde puis Monocle (uk). Evidemment, on est payé un à deux mois plus tard, et puis je ne prends pas non plus des milliers de photos. Mais c’est régulier et agréable, comme ce reportage sur Frida Hyvönen (photo : en backstage à la Maroquinerie, Paris) à paraître dans le prochain numéro de Monocle.

Un bémol, tout de même : je ne sais pas encore de quoi sera fait Janvier, ni février, ni mars, ni avr… ah ! avril, je sais : je couvrirai les bars & restaurant pour Télérama Sortir. Mais d’ici là… :

« I spent a good portion of November being much slower than I wanted. In fact, I panicked a bit. Not the January/August panic that happens despite almost 20 years of photography that tells me that those are my slow months. It was a « oh my God the phone isn’t ringing, I need new clients » panic. A scheduled rate increase set for January I was rethinking, and I gave serious thoughts to accepting lower paying assignments, and, I looked at my bank account to see how much longer the business would run if the phone didn’t ring again. » (John Harrington, When it gets slow)

Ah! mais si, si : je travaille, en ce moment.

Entre une lessive et School’s out sur Guitar Hero, je travaille (oui).

Alors, voilà. La semaine dernière, je n’ai fait que téléphoner, re-traiter, trier, ranger ? C’est pas mal. Mais la semaine d’avant était plutôt chouette : un portrait pour Famille Chrétienne le mardi, un rendez-vous pour Challenges le jeudi.

Vendredi, je suis un peu sorti des seuls portraits pour Monocle : j’ai photographié la rue de Seine (Paris VIe). avec un de leurs correspondants à Paris, Tobias Grey (ci-dessus : la maison Prouté). Les boutiques de la rue, ses commerçants…

Jolie aventure, Monocle. Il y a quelques mois, Georges Bouyx, que j’avais rencontré à Cannes il y a quatre ans, est devenu instit’ et n’est pas dispo. du coup, il me fait suivre un mail de la rédactrice photo… Elle a déjà trouvé quelqu’un d’autre, mais on garde le contact. Régulièrement, j’envoie quelques nouvelles photos… et voilà ! l’occasion s’est présentée de travailler ensemble. Pourvu que ça dure ! Cette première collaboration est à paraître dans le numéro de fin novembre de ce joli magazine britannique.

En revanche, rien de prévu cette semaine… avis aux iconos !

Photojournalisme, ou comment redécouvrir l'eau tiède.

Premier jour à Visa pour l’image. D’entrée de jeu, à l’hôtel Pam’s, je me laisse surprendre : pourquoi tant de photographes équipés comme s’ils étaient venus photographier Beyrouth ?

Jean-François Leroy à la projection du soir au Campo Santo de Perpignan / photo : Antoine Doyen

Jean-François Leroy à la projection du soir au Campo Santo de Perpignan / photo : Antoine Doyen

Récupération de l’accréditation, puis je pars découvrir les expositions de Stanley Green sur la route de la soie, Jan Grarup et le génocide du Darfour.  Et quelques autres au couvent des Minimes : Yuri Kosyrev à Bagdad, Horst Faas et sa guerre du Vietnam… épatant. Beaucoup de noir & blanc et, parmi les reportages récents, une tendance parfois… chiante à la retouche : Photoshop se voit parfois un peu trop, les ciels, les ombres…

Relâche, lecture de book à l’ANI, je présente mes travaux à une icono, elle me dit ce qu’elle en pense. On évoque quelques pistes : à qui les présenter… à qui vendre. Je note. Et puis je retrouve les camarades de l’EMI-CFD, comme Pierre Morel, lauréat du tremplin l’an passé.

Mais il est déjà 19h et je n’ai pas encore compris ce qu’est le festival de Jean-François Leroy. En compagnie de Séb’ et Mison-Mison, ainsi que de Baptiste & Jeanne (Afrique In Visu) que je rencontre enfin, je file à la projection qui a lieu au Campo Santo. Comme beaucoup ici, j’ai lu les interviews de J.-F. Leroy dans la presse, le journalisme à défendre… ce genre de choses. Mais sur les écrans, le journalisme devient spectacle : musique tonitruante sur la retrospective AFP puis ces reportages qui défilent sur un écran gigantesque… ça balance bien, mais le son colle rarement aux images : je finis par croire que la musique n’est là que pour nous garder éveiller… ou le fait d’un monteur sourd ? Du coup, certaines histoires paraissent sur-vitaminées, d’autres sont presque gâchées.

Quelques sujets ressortent quand même : « Jeans Factory », de Justin Jin, sur l’industrie du… jean en Chine. Et, contre la déforestation aux U.S., les éco-guerriers américains photographiés par Christopher Lamarca. La projection de ce mardi soir se termine par « La Turquie d’Est en Ouest », photographiée par George Georgiou. Le sujet est pas mal, mais sans légendes, ne demandez pas à comprendre… et sans qu’il le veuille, ce sujet est présenté par l’organisation d’une sentence lénifiante : « aujourd’hui, en Turquie, l’urbanisation modifie les traditions, les coutumes ». Ou comment redécouvrir l’eau tiède…