Le téléphone pleure. Emails, coups de fil & réponses.

Comme la plupart d’entre vous, je lis régulièrement le blog A Photo Editor. Récemment, je suis tombé sur sa note « Cold Calling » (littéralement « appel à froid », sans raison).  Qui est un putain de problème pour le photographe indépendant… vous savez, on envoie des mails, et personne ne répond… « est-ce que je ne devrais pas plutôt appeler ? » De tous mes petits soucis – professionnels – quotidiens, celui-là est sûrement le numéro 1 de ma liste. Vous utilisez aussi une to-do-list, non ? Dans la mienne, il y a une paire d’items du genre « rappeler untel »… et la plupart sont déjà périmés. Tiens, par exemple, déjà 46 jours que je veux appeler Libé pour leur présenter mon travail (j’ai honte).

Mais, attendez ! le problème est assez simple :

« APE: What I’m trying to get at, is do you have a reason for calling them other than they looked at your work? Obviously if they liked it and had a job they would call you. What are you going to say on the call that will move things forward? »

(Ce que j’essaie de comprendre, c’est : as-tu une raison de les appeler (ndr: acheteur d’art, service photo…), autre que de savoir s’ils ont vu ton travail ? À l’évidence, s’ils ont aimé et qu’il y avait un job pour toi, ils t’auraient rappelé. Qu’est-ce que tu vas trouver à dire qui permette de faire avancer les choses ?)

C’est vrai : si j’envoie des photos, un synopsis à un icono… pourquoi ne me répondrait-il pas s’il a apprécié ? Mais ce serait trop simple… Pour être honnête, je pourrais dire que, selon mon expérience… il n’y a pas de règle. On est bien avancé, pas vrai ? Mais je vous rassure : ce n’est qu’à moitié vrai. Ça va dépendre des magazines, agences, etc. avec lesquelles vous cherchez à travailler, et donc des personnes que vous cherchez à contacter. De surcroît, il y a une sacrée différence entre la France et les autres : par ici, il semble difficile d’obtenir une réponse à un mail… de fait, ceux dont je sais qu’ils vont toujours me répondre rapidement se comptent sur les doigts d’une main. Quant à démarcher pour la première fois… c’est la loterie (avec des probabilités un peu plus favorables, tout de même).

Que faire ?

Si je pouvais choisir, j’appellerais. Ça, c’est pour le marché français. C’est ce qu’il y a de plus efficace. Mais voilà… j’suis un peu timide, et je me sens étrangement protégé quand j’envoie un email. Pourtant, je sais bien que les rédac’ chef photos sont submergés d’emails : alors que j’étais interne dans un grand magazine français, j’ai pu remarquer que le chef avait pas moins de 600 (six-cents !) messages non-lus… et l’un d’entre eux était sûrement le vôtre. C’est pas tellement qu’il n’en avait rien à foutre : il n’avait tout simplement pas le temps de tout lire.

Mais voilà ce qu’il faut faire, si l’on ne veut pas se décourager. Déjà, ayez toujours une bonne raison de contacter quelqu’un et surtout :

quand vous envoyez un email, faites court ! Vraiment. Vous êtes photographes, vous glisser en pièce jointe quelques-unes de vos images, éventuellement un synopsis (court)… ça colle au mag’ que vous contactez : « pourquoi ne pas se rencontrer ? » N’essayez pas d’en faire trop, parce que si c’est trop long, la lecture en sera remise à plus tard… et ça se perd vite, un email.

quand vous appelez, faites de même ! Soyez sûr d’apprécier un minimum le journal, l’agence, etc. à qui vous envoyez vos images ! Ça paraît évident mais je rencontre pas mal de photographes qui envoient à tout le monde sans se poser de question… Mieux vaut avoir une idée de la façon dont vos photos s’intégreraient au medium que vous approchez. Si ce n’est pas le cas, rien ne sert d’appeler, il n’y aura de toute façon pas de place pour vous… et pire : vous pourriez passer pour un(e) relou.

Et la réponse ?

Ça arrive parfois : vous recevez une réponse enthousiaste ! mais la plupart du temps, c’est d’abord une réponse polie, parfois même si rendez-vous est pris… mais une réponse, quelle qu’elle soit, c’est déjà très cool.

Soyez prêt à défendre la moindre image de votre portfolio, parce qu’il vous faudra peut-être l’expliquer… et mieux vaut ne pas trop se planter à ce moment-là ;

Après une rencontre, une réponse, demandez si vous pouvez ajouter le contact à votre mailing list, histoire de rester en contact. Si l’on vous dit « non », vous avez déjà un indice sur la suite (à 99,9%, disons). Mais si c’est « oui », alors vous savez déjà que votre travail n’ennuie pas trop votre interlocuteur, c’est un bon départ, non ? Moi, je vois ça comme un bon départ.

Et alors, quand reçoit-on une commande ?

Je n’en aucune idée. Mais voilà quelques exemples pour vous faire une opinion…

– Je travaille pour Le Monde. Je crois qu’il a fallu un an après le premier test pour qu’ils me rappellent… puis c’est devenu régulier ;

– Je travaille pour Enjeux Les Echos. Il a fallu un ou deux ans avant que l’on demande à voir mon book après mon premier mail ! mais peu de temps après, j’ai reçu ma première commande de leur part.

– Côté corpo, voilà quelques mois que je travaille pour All Contents. Et là, le premier email, c’était il y a deux ou trois ans ! quand soudain… « est-ce que tu es dispo ? » Et je ne manque vraiment pas d’exemple de ce genre. Alors, ne vous découragez jamais. Ça ne tient qu’à ça. Je suis même persuadé qu’on peut réussir même quand on est mauvais, si on a la ténacité ! Bien sûr, gardez toujours le contact avec les personnes contactées / rencontrées. Sans les spammer, ajoutez-les à votre mailing-list (je conseille MailChimp, super service, et de bons conseils).

Et relisez A Photo Editor qui, je crois n’est pas exactement de mon avis. Une chose est sûre : ne restez jamais assis à attendre !

Mes vacances chez les nazis.

Non, ce titre de blog n’est pas très correct et sûrement pas journalistique, parce qu’il faut se rendre à l’évidence : «il n’y a pas de nazis, ici. Et le NPD est un parti démocratique, n’est-ce pas ? Je ne vois pas pourquoi ça me gênerait.»

Jamel's bus station.

Jamel's bus station.

Oui, Jamel est assurément un village à part. L’Allemagne de l’Est, là, tout au Nord, dans une région qui ne transpire pas l’opulence… Un terrain de jeu idéal pour l’extrême droite. Jamel, c’est ce petit village d’une dizaine de maisons où les habitants sont réputés être des sympathisants du NPD. Jamel est un joli petit village perdu dans la nature. Un joli petit village perdu dans la nature qui affiche fièrement sa devise dans la rue principale : « frei-sozial-national ».

Un endroit charmant dans lequel, début mai, je suis allé passer quatre jours en compagnie de deux journalistes, l’une française, Anastasia Lévy, et l’autre allemande, Kathrin Aldenhoff. On avait lu un article du Spiegel sur le sujet, mais on n’avait rien trouvé en France. Personne n’en parle trop, sauf à reprendre la trad’ du Spiegel, de Courrier International à Slate.fr et du coup, on a pensé qu’on pouvait aller voir ça de plus près. Lycéen puis étudiant, je militais à Ras l’Front. Je n’ai jamais accordé de crédit à l’extrême droite, mais j’ai toujours eu à cœur de la comprendre. Si j’entreprends de la photographier, j’espère éviter les clichés, la confrontation facile.

Ce n’est pas exactement un sujet aisé. Dans le cas présent, les milit… les habitants du village ont, je pense, reçu la recommandation suivante : pas d’esclandre, pas de revendication. Alors on se fait recevoir gentiment, on parvient à parler un peu, mais on se fait surtout dégager avec un large sourire. L’atmosphère est plutôt lourde, mais tout le monde tient le même discours : pas de nazis ici. Et les cheveux courts, c’est une coïncidence. On n’est pas trop dupe : des codes vestimentaires aux tatouages pas toujours bien cachés, «tout» est là.

Pour le moment, ce n’est pas vendu : on est parti comme ça, mais on ne sait pas qui va le publier. Quelques mag’ ont montré de l’intérêt, mais rien n’est joué, c’est la règle. Je ne peux donc pas encore vous dire où ni même si ce sera publié. Reste que ce séjour marque mon intérêt de plus en plus prononcé  pour la photographie documentaire, que j’avais un peu laissée de côté avec mon soucis de faire « tourner le business » : alors que je travaille comme un âne dans le portrait, j’ai encore le sentiment d’être un débutant quand il s’agit de présenter un sujet. Comme j’ai également un goût prononcé pour les sujets publiés, je vais tâcher de trouver un juste équilibre, tant qu’à faire. Non ?

On la refait ? Photographier deux fois la même personne.

Cette semaine, je vais photographier pour la seconde fois l’une des cadres dirigeants d’une grande banque pour un quotidien. Je repense à la discussion que j’ai eue avec Alden lorsque je l’ai revu à New York en octobre : qu’est-ce qui change lorsque l’on photographie la même personne une seconde fois ?

Frédéric Oudéa, à deux ans de différence

Frédéric Oudéa, en 2010 (à gauche) et en 2008 (à droite).

En juin 2008, alors qu’il était rédacteur photo à l’Institutional Investor Magazine, Alden est tombé sur mon site internet et s’est dit que je pourrais bien m’occuper du portrait de Frédéric Oudéa, nouveau patron de la Société Générale suite au départ de Daniel Bouton en pleine affaire Kerviel. Un assistant, le Quantum que je venais d’acquérir… hop, c’était fait. J’étais TER-RO-RI-SÉ. Rendez-vous compte : première commande d’un mag’ américain, rendez-vous avec un grand patron dont l’entreprise était en pleine tourmente… et fallait assurer. « Yes I can, no problem.» J’étais convaincu… mais fallait le dire vite, j’avais surtout le sentiment de faire un pari ; je n’avais pas du tout l’habitude d’un tel contexte. C’était la première fois qu’on me faisait autant confiance sans me connaître. Résultat, le portrait ci-dessus (à droite) et une première paru’ à l’étranger (à gauche) :

Fin 2010, j’y suis retourné pour Enjeux / Les Echos, et là : rien à voir. J’étais à l’aise, ça ne me faisait plus peur. Sans flash, juste un réflo, j’étais beaucoup plus naturel. Deux ans d’expérience en plus, tout simplement. L’occasion de vérifier ce que je m’étais dit après le premier rendez-vous : Frédéric Oudéa, comme bien d’autres à son niveau, paraît très attentif à son image, il fait gaffe à la façon dont il sourit, dont il se tient… mais cette fois-ci, j’ai su allé un peu au-delà, on discute, on sourit un peu… je prends garde au fond, réfléchis à ce que la photo pourrait faire passer… C’est pas facile, un gros plan, mais je suis désormais photojournaliste à part entière. La première fois, je sortais à peine de l’EMI-CFD, je commençais à démarcher les mag’… Peu de temps après, je rencontrais Augustin de Romanet (Caisse des Dépôts) pour Challenges, premier magazine à me proposer des piges régulières. C’était un peu plus facile, il s’agissait de le photographier dans un contexte d’interview :

Augustin de Romanet, Directeur Général de la caisse des Dépôts, pour le magazine Challenges (paru en octobre 2008) et pour Le Monde (paru en décembre 2008)

Deux mois plus tard, je retrouvais le même personnage, et cette fois-ci, c’était beaucoup plus court ! 5 min., pas beaucoup plus, portrait posé pour Le Monde, il est monté sur un ressort, c’est un peu intimidant – est-ce que ça va donner une image intéressante ? – et finalement, c’est justement ce qu’il nous faut : sans qu’on ait à lui donner trop d’indications, il multiplie les poses, bouge sur le canapé de son bureau… son directeur de la communication surveille. C’est terminé, merci et au revoir !

Mercredi, la même expérience, quelques mois d’intervalle entre les deux séances. Ça promet d’être intéressant !

[Mise à jour - 10/2/11] Alden, le rédacteur photo dont je parle plus haut, viens de m’écrire après avoir lu la note :
Je crois que toi & moi en avons parlé la dernière fois que tu es passé à NYC. Quelques-un des photographes que je côtoyais pour Institutional Investor Magazine m’ont dit qu’il leur arrivait de photographier plusieurs fois la même personne, and qu’ils essayaient alors de penser différemment pour la prise de vue, souvent parce que la de la personne avait évolué. Frédéric Oudéa apparaît plus confiant et calme dans la nouvelle série, alors qu’il paraissait plus raide voire inquiet la première fois : il est intéressant de voir les deux photos côte à côte parce que, non seulement ton syle a évolué, mais la personnalité du sujet également ! On sent qu’il est en poste depuis un moment.
(…) Je n’étais pas présent lors des séances photo, but c’est l’impression que je garde des images finales choisies pour les deux articles. Il en va de même pour ta photographie, j’ai le sentiment que ton approche est plus excentrique, décontractée et moins solennelle, quelque soit ton sujet. C’est de cette façon que tu traites tes portraits à Cannes, ceux-là même qui ont valu que je t’appelle pour la commande à l’époque où j’étais en poste à l’Institutionnel Magazine.

L’Alpe d’Huez : ski et premières photos !

Ouf ! Je suis arrivé hier après-midi à l’Alpe d’Huez pour assister à son festival du film de comédie. Très joli endroit, bel accueil, l’équipe du festival se débrouille bien !

Arrivée au festival de l'Alpe d'Huez, par le bus.

Ce matin, première séance photo avec l’équipe du film « Mon père est une femme de ménage ». C’était plus détendu qu’à Cannes, c’est le moins qu’on puisse dire ! Toujours des portraits à faire en 5 min, mais on sent tout de suite qu’il y a moins de stress, un peu moins de pression… et surtout moins de rendez-vous, puisque moins de films. Alors du coup, j’ai pu chausser une jolie paire de skis cet après-midi ! Nul besoin de vous dire que ce sont les meilleures conditions de travail que j’ai jamais eues ! Merci Studio Ciné Live : portraits le matin, ski l’après-midi… je sais bien que ça va s’intensifier au fur et à mesure et je suis d’abord ici pour travailler, mais eh ! ce serait bête de ne pas en profiter… ça me manquait depuis 15 ans.

Bon, du coup, je me sens un peu obligé de bien faire les choses, quoi. Normal.