Multitâche (ou comment je suis devenu le guitariste de Moke’s)

On me fait souvent remarquer que je ne peux pas m’empêcher de faire plusieurs choses à la fois… généralement, c’est plutôt un reproche et je le comprends bien : il me faut toujours un peu de nouveauté, sans quoi je m’ennuie…

mokes

…alors en août 2011, j’ai repris un vieux rêve d’ado : monter un groupe ! Au début, je ne m’attendais qu’à reprendre péniblement des titres de Queens of the Stone Age ou Rage Against The Machine (j’étais franchement rouillé)… Mais Julie, Maurice & moi, on s’est vite pris au jeu, tant et si prend qu’on a été rejoint par Agnès au chant quelques mois plus tard…

En décembre dernier, nous avons enregistré notre première démo ! Et comme on bosse dans la photo, le marketing ou… la location saisonnière, on s’imaginait mal ne pas se fouler un minimum pour les photos. Identifié comme le portraitiste de la bande, mes trois comparses se sont tournés vers moi et forcément… malgré quelques hésitations à m’occuper de mon propre groupe, j’ai foncé.

Belle occasion de sortir des sentiers battus ! Depuis le début de l’année, je photographiais des gens souvent très sérieux et ce, avec des flashes et une mise au point très précise. Alors j’ai saisi l’occasion de photographier Moke’s pour balancer tout ça…! Une lampe torche, mon Phase One sur un pied… l’ordinateur pas loin… et le tour était joué ! Heureusement que ma femme et mon chat étaient dans les parages pour la photo de groupe, néanmoins.

Les photos sont à l’image de mon expérience au sein du groupe, elles sentent bons le lâcher-prise et le flou… et ça fait un bien fou.

Vous pouvez retrouver Moke’s sur facebook et écouter la démo ici :

« C’est juste un type en costume. »

À la mi-février, quand Metropolitan, le mag’ de l’Eurostar, m’a demandé de photographier Stéphane Tripot, ils m’ont prévenu : « on le retrouve dans le bar d’un hôtel, on n’a pas le droit d’y prendre de photos, et c’est un DG qui porte un costume. »

Je rencontre évidemment pas mal de type en costard dans mon boulot et ce n’est pas ça qui pouvait me faire peur… en revanche, le fait que nous n’ayons pas de lieu où faire la photo m’ennuyait un peu. Mais il y avait ce détail qui retenait mon attention : sa boîte, Port Designs, fabrique certains de ses sacoches d’ordinateur à partir de bouteilles en plastique. Alors, voilà, j’ai demandé à mon assistante de ramener une bouteille vide et j’en ai fait de même : au moins, on aurait des accessoires…

Je ne connaissais pas la personne, et je craignais donc qu’il refuse l’idée, notamment en public, puisqu’on n’avait pas de lieu en tête… mais voilà ! Quand il est arrivé, il nous a signé qu’un de ses amis avait son bureau dans la même rue, sur l’autre trottoir… alors on a traversé et découvert une petite salle de réunion parfaite pour nous : jolie lumière venant d’un côté, des murs d’un blanc très propre… et ça collait bien avec nos petites bouteilles.

Stéphane Tripot s’est avéré très sympathique et ouvert à l’idée, il a accepté de jouer avec nos accessoires ! Et soudain, la commande dont je doutais le plus ce jour-là s’est finalement avérée la plus appréciable !

Si vous êtes curieux, il y a quelques autres photos sur photoshelter : 2012 02 16 Stephane Tripot.

J’oublie souvent mes photos.

Ça faisait un bail qu’on ne s’était pas parlé, si ? Ecrire sur son blog que l’on ne poste plus très souvent sur son blog est un exercice obligé pour le blogueur… Mais la raison est toute simple : il faut bien admettre que plus vous travaillez comme photographe, moins vous avez de temps pour prendre du recul sur ce vous faites…  Quand j’ai commencé, j’avais du temps ET le besoin de me raconter sur le blog. Aujourd’hui, c’est un peu différent. Mon autre problème, c’est que je ne veux pas révéler les photos avant qu’elles n’aient été publiées et, une fois qu’elles le sont, je suis déjà sur autre chose…

Été 2010. Le jour de mon mariage.

Il se trouve que j’apprécie toujours de prendre de la distance par rapport à mes images. Mais j’avais besoin de quelque chose de différent, de plus rapide et aisé à utiliser… Vous avez dit Tumblr ? Eh bien, voilà, je m’en suis créé un nouveau :

I often forget pictures

…Parce que j’oublie souvent les photos que je prends. Parce que, de temps en temps, elles réapparaissent sur une pellicule, un disque dur… n’hésitez à suivre & commenter !

Le téléphone pleure. Emails, coups de fil & réponses.

Comme la plupart d’entre vous, je lis régulièrement le blog A Photo Editor. Récemment, je suis tombé sur sa note « Cold Calling » (littéralement « appel à froid », sans raison).  Qui est un putain de problème pour le photographe indépendant… vous savez, on envoie des mails, et personne ne répond… « est-ce que je ne devrais pas plutôt appeler ? » De tous mes petits soucis – professionnels – quotidiens, celui-là est sûrement le numéro 1 de ma liste. Vous utilisez aussi une to-do-list, non ? Dans la mienne, il y a une paire d’items du genre « rappeler untel »… et la plupart sont déjà périmés. Tiens, par exemple, déjà 46 jours que je veux appeler Libé pour leur présenter mon travail (j’ai honte).

Mais, attendez ! le problème est assez simple :

« APE: What I’m trying to get at, is do you have a reason for calling them other than they looked at your work? Obviously if they liked it and had a job they would call you. What are you going to say on the call that will move things forward? »

(Ce que j’essaie de comprendre, c’est : as-tu une raison de les appeler (ndr: acheteur d’art, service photo…), autre que de savoir s’ils ont vu ton travail ? À l’évidence, s’ils ont aimé et qu’il y avait un job pour toi, ils t’auraient rappelé. Qu’est-ce que tu vas trouver à dire qui permette de faire avancer les choses ?)

C’est vrai : si j’envoie des photos, un synopsis à un icono… pourquoi ne me répondrait-il pas s’il a apprécié ? Mais ce serait trop simple… Pour être honnête, je pourrais dire que, selon mon expérience… il n’y a pas de règle. On est bien avancé, pas vrai ? Mais je vous rassure : ce n’est qu’à moitié vrai. Ça va dépendre des magazines, agences, etc. avec lesquelles vous cherchez à travailler, et donc des personnes que vous cherchez à contacter. De surcroît, il y a une sacrée différence entre la France et les autres : par ici, il semble difficile d’obtenir une réponse à un mail… de fait, ceux dont je sais qu’ils vont toujours me répondre rapidement se comptent sur les doigts d’une main. Quant à démarcher pour la première fois… c’est la loterie (avec des probabilités un peu plus favorables, tout de même).

Que faire ?

Si je pouvais choisir, j’appellerais. Ça, c’est pour le marché français. C’est ce qu’il y a de plus efficace. Mais voilà… j’suis un peu timide, et je me sens étrangement protégé quand j’envoie un email. Pourtant, je sais bien que les rédac’ chef photos sont submergés d’emails : alors que j’étais interne dans un grand magazine français, j’ai pu remarquer que le chef avait pas moins de 600 (six-cents !) messages non-lus… et l’un d’entre eux était sûrement le vôtre. C’est pas tellement qu’il n’en avait rien à foutre : il n’avait tout simplement pas le temps de tout lire.

Mais voilà ce qu’il faut faire, si l’on ne veut pas se décourager. Déjà, ayez toujours une bonne raison de contacter quelqu’un et surtout :

quand vous envoyez un email, faites court ! Vraiment. Vous êtes photographes, vous glisser en pièce jointe quelques-unes de vos images, éventuellement un synopsis (court)… ça colle au mag’ que vous contactez : « pourquoi ne pas se rencontrer ? » N’essayez pas d’en faire trop, parce que si c’est trop long, la lecture en sera remise à plus tard… et ça se perd vite, un email.

quand vous appelez, faites de même ! Soyez sûr d’apprécier un minimum le journal, l’agence, etc. à qui vous envoyez vos images ! Ça paraît évident mais je rencontre pas mal de photographes qui envoient à tout le monde sans se poser de question… Mieux vaut avoir une idée de la façon dont vos photos s’intégreraient au medium que vous approchez. Si ce n’est pas le cas, rien ne sert d’appeler, il n’y aura de toute façon pas de place pour vous… et pire : vous pourriez passer pour un(e) relou.

Et la réponse ?

Ça arrive parfois : vous recevez une réponse enthousiaste ! mais la plupart du temps, c’est d’abord une réponse polie, parfois même si rendez-vous est pris… mais une réponse, quelle qu’elle soit, c’est déjà très cool.

Soyez prêt à défendre la moindre image de votre portfolio, parce qu’il vous faudra peut-être l’expliquer… et mieux vaut ne pas trop se planter à ce moment-là ;

Après une rencontre, une réponse, demandez si vous pouvez ajouter le contact à votre mailing list, histoire de rester en contact. Si l’on vous dit « non », vous avez déjà un indice sur la suite (à 99,9%, disons). Mais si c’est « oui », alors vous savez déjà que votre travail n’ennuie pas trop votre interlocuteur, c’est un bon départ, non ? Moi, je vois ça comme un bon départ.

Et alors, quand reçoit-on une commande ?

Je n’en aucune idée. Mais voilà quelques exemples pour vous faire une opinion…

– Je travaille pour Le Monde. Je crois qu’il a fallu un an après le premier test pour qu’ils me rappellent… puis c’est devenu régulier ;

– Je travaille pour Enjeux Les Echos. Il a fallu un ou deux ans avant que l’on demande à voir mon book après mon premier mail ! mais peu de temps après, j’ai reçu ma première commande de leur part.

– Côté corpo, voilà quelques mois que je travaille pour All Contents. Et là, le premier email, c’était il y a deux ou trois ans ! quand soudain… « est-ce que tu es dispo ? » Et je ne manque vraiment pas d’exemple de ce genre. Alors, ne vous découragez jamais. Ça ne tient qu’à ça. Je suis même persuadé qu’on peut réussir même quand on est mauvais, si on a la ténacité ! Bien sûr, gardez toujours le contact avec les personnes contactées / rencontrées. Sans les spammer, ajoutez-les à votre mailing-list (je conseille MailChimp, super service, et de bons conseils).

Et relisez A Photo Editor qui, je crois n’est pas exactement de mon avis. Une chose est sûre : ne restez jamais assis à attendre !