« C’est juste un type en costume. »

À la mi-février, quand Metropolitan, le mag’ de l’Eurostar, m’a demandé de photographier Stéphane Tripot, ils m’ont prévenu : « on le retrouve dans le bar d’un hôtel, on n’a pas le droit d’y prendre de photos, et c’est un DG qui porte un costume. »

Je rencontre évidemment pas mal de type en costard dans mon boulot et ce n’est pas ça qui pouvait me faire peur… en revanche, le fait que nous n’ayons pas de lieu où faire la photo m’ennuyait un peu. Mais il y avait ce détail qui retenait mon attention : sa boîte, Port Designs, fabrique certains de ses sacoches d’ordinateur à partir de bouteilles en plastique. Alors, voilà, j’ai demandé à mon assistante de ramener une bouteille vide et j’en ai fait de même : au moins, on aurait des accessoires…

Je ne connaissais pas la personne, et je craignais donc qu’il refuse l’idée, notamment en public, puisqu’on n’avait pas de lieu en tête… mais voilà ! Quand il est arrivé, il nous a signé qu’un de ses amis avait son bureau dans la même rue, sur l’autre trottoir… alors on a traversé et découvert une petite salle de réunion parfaite pour nous : jolie lumière venant d’un côté, des murs d’un blanc très propre… et ça collait bien avec nos petites bouteilles.

Stéphane Tripot s’est avéré très sympathique et ouvert à l’idée, il a accepté de jouer avec nos accessoires ! Et soudain, la commande dont je doutais le plus ce jour-là s’est finalement avérée la plus appréciable !

Si vous êtes curieux, il y a quelques autres photos sur photoshelter : 2012 02 16 Stephane Tripot.

J’oublie souvent mes photos.

Ça faisait un bail qu’on ne s’était pas parlé, si ? Ecrire sur son blog que l’on ne poste plus très souvent sur son blog est un exercice obligé pour le blogueur… Mais la raison est toute simple : il faut bien admettre que plus vous travaillez comme photographe, moins vous avez de temps pour prendre du recul sur ce vous faites…  Quand j’ai commencé, j’avais du temps ET le besoin de me raconter sur le blog. Aujourd’hui, c’est un peu différent. Mon autre problème, c’est que je ne veux pas révéler les photos avant qu’elles n’aient été publiées et, une fois qu’elles le sont, je suis déjà sur autre chose…

Été 2010. Le jour de mon mariage.

Il se trouve que j’apprécie toujours de prendre de la distance par rapport à mes images. Mais j’avais besoin de quelque chose de différent, de plus rapide et aisé à utiliser… Vous avez dit Tumblr ? Eh bien, voilà, je m’en suis créé un nouveau :

I often forget pictures

…Parce que j’oublie souvent les photos que je prends. Parce que, de temps en temps, elles réapparaissent sur une pellicule, un disque dur… n’hésitez à suivre & commenter !

Le téléphone pleure. Emails, coups de fil & réponses.

Comme la plupart d’entre vous, je lis régulièrement le blog A Photo Editor. Récemment, je suis tombé sur sa note « Cold Calling » (littéralement « appel à froid », sans raison).  Qui est un putain de problème pour le photographe indépendant… vous savez, on envoie des mails, et personne ne répond… « est-ce que je ne devrais pas plutôt appeler ? » De tous mes petits soucis – professionnels – quotidiens, celui-là est sûrement le numéro 1 de ma liste. Vous utilisez aussi une to-do-list, non ? Dans la mienne, il y a une paire d’items du genre « rappeler untel »… et la plupart sont déjà périmés. Tiens, par exemple, déjà 46 jours que je veux appeler Libé pour leur présenter mon travail (j’ai honte).

Mais, attendez ! le problème est assez simple :

« APE: What I’m trying to get at, is do you have a reason for calling them other than they looked at your work? Obviously if they liked it and had a job they would call you. What are you going to say on the call that will move things forward? »

(Ce que j’essaie de comprendre, c’est : as-tu une raison de les appeler (ndr: acheteur d’art, service photo…), autre que de savoir s’ils ont vu ton travail ? À l’évidence, s’ils ont aimé et qu’il y avait un job pour toi, ils t’auraient rappelé. Qu’est-ce que tu vas trouver à dire qui permette de faire avancer les choses ?)

C’est vrai : si j’envoie des photos, un synopsis à un icono… pourquoi ne me répondrait-il pas s’il a apprécié ? Mais ce serait trop simple… Pour être honnête, je pourrais dire que, selon mon expérience… il n’y a pas de règle. On est bien avancé, pas vrai ? Mais je vous rassure : ce n’est qu’à moitié vrai. Ça va dépendre des magazines, agences, etc. avec lesquelles vous cherchez à travailler, et donc des personnes que vous cherchez à contacter. De surcroît, il y a une sacrée différence entre la France et les autres : par ici, il semble difficile d’obtenir une réponse à un mail… de fait, ceux dont je sais qu’ils vont toujours me répondre rapidement se comptent sur les doigts d’une main. Quant à démarcher pour la première fois… c’est la loterie (avec des probabilités un peu plus favorables, tout de même).

Que faire ?

Si je pouvais choisir, j’appellerais. Ça, c’est pour le marché français. C’est ce qu’il y a de plus efficace. Mais voilà… j’suis un peu timide, et je me sens étrangement protégé quand j’envoie un email. Pourtant, je sais bien que les rédac’ chef photos sont submergés d’emails : alors que j’étais interne dans un grand magazine français, j’ai pu remarquer que le chef avait pas moins de 600 (six-cents !) messages non-lus… et l’un d’entre eux était sûrement le vôtre. C’est pas tellement qu’il n’en avait rien à foutre : il n’avait tout simplement pas le temps de tout lire.

Mais voilà ce qu’il faut faire, si l’on ne veut pas se décourager. Déjà, ayez toujours une bonne raison de contacter quelqu’un et surtout :

quand vous envoyez un email, faites court ! Vraiment. Vous êtes photographes, vous glisser en pièce jointe quelques-unes de vos images, éventuellement un synopsis (court)… ça colle au mag’ que vous contactez : « pourquoi ne pas se rencontrer ? » N’essayez pas d’en faire trop, parce que si c’est trop long, la lecture en sera remise à plus tard… et ça se perd vite, un email.

quand vous appelez, faites de même ! Soyez sûr d’apprécier un minimum le journal, l’agence, etc. à qui vous envoyez vos images ! Ça paraît évident mais je rencontre pas mal de photographes qui envoient à tout le monde sans se poser de question… Mieux vaut avoir une idée de la façon dont vos photos s’intégreraient au medium que vous approchez. Si ce n’est pas le cas, rien ne sert d’appeler, il n’y aura de toute façon pas de place pour vous… et pire : vous pourriez passer pour un(e) relou.

Et la réponse ?

Ça arrive parfois : vous recevez une réponse enthousiaste ! mais la plupart du temps, c’est d’abord une réponse polie, parfois même si rendez-vous est pris… mais une réponse, quelle qu’elle soit, c’est déjà très cool.

Soyez prêt à défendre la moindre image de votre portfolio, parce qu’il vous faudra peut-être l’expliquer… et mieux vaut ne pas trop se planter à ce moment-là ;

Après une rencontre, une réponse, demandez si vous pouvez ajouter le contact à votre mailing list, histoire de rester en contact. Si l’on vous dit « non », vous avez déjà un indice sur la suite (à 99,9%, disons). Mais si c’est « oui », alors vous savez déjà que votre travail n’ennuie pas trop votre interlocuteur, c’est un bon départ, non ? Moi, je vois ça comme un bon départ.

Et alors, quand reçoit-on une commande ?

Je n’en aucune idée. Mais voilà quelques exemples pour vous faire une opinion…

– Je travaille pour Le Monde. Je crois qu’il a fallu un an après le premier test pour qu’ils me rappellent… puis c’est devenu régulier ;

– Je travaille pour Enjeux Les Echos. Il a fallu un ou deux ans avant que l’on demande à voir mon book après mon premier mail ! mais peu de temps après, j’ai reçu ma première commande de leur part.

– Côté corpo, voilà quelques mois que je travaille pour All Contents. Et là, le premier email, c’était il y a deux ou trois ans ! quand soudain… « est-ce que tu es dispo ? » Et je ne manque vraiment pas d’exemple de ce genre. Alors, ne vous découragez jamais. Ça ne tient qu’à ça. Je suis même persuadé qu’on peut réussir même quand on est mauvais, si on a la ténacité ! Bien sûr, gardez toujours le contact avec les personnes contactées / rencontrées. Sans les spammer, ajoutez-les à votre mailing-list (je conseille MailChimp, super service, et de bons conseils).

Et relisez A Photo Editor qui, je crois n’est pas exactement de mon avis. Une chose est sûre : ne restez jamais assis à attendre !

tribute ! ou l’énergie des fans.

J’ai mis longtemps à comprendre quel intérêt on pouvait bien trouver à monter un « tribute band » (un groupe qui ne reprend que les chansons d’un artiste donné). Je rêvais comme pas mal d’ados d’être une star de la guitare – perdu ! – et je me disais que ma plus grande fierté, ce serait toujours d’interpréter mes propres chansons…

Dans les backstage avec Riff Raff au Nouveau Casino. Photo: Antoine Doyen

Et puis j’ai lu Chuck Klosterman : Sex, Drugs, and Cocoa Puffs: A Low Culture Manifesto. Dans l’un des chapitres, il accompagne les Paradise City, un tribute band voué au culte des Guns N’ Roses. Je crois que c’est mon passage préféré de son bouquin, c’est totalement foutraque, et les types vivent leur passion tellement à fond qu’ils sont capables de virer leur guitariste parce qu’il ne ressemble pas assez à Slash…

Évidemment, une partie de moi serait ravie de partir courir le monde entier pour cataloguer les groupes de cette trempe ! Quitte à commencer par la France avec les Four Horsemen et Riff Raff. Fan de Metallica au grand dam de ma femme, amateur d’AC/DC également, je suis aller voir ce que ça donnait sur youtube : ça sonnait dégueulasse et mal enregistré – vidéo amateur ! –, il fallait que j’en aie le cœur net…

Quelques mails et coups de fil plus tard, je découvre Riff Raff dans leur cave à deux pas de Caen, en avril dernier. Répétition de deux heures, mon reflex dans une main, le carnet de notes dans l’autre.  Ces types déploient une énergie incroyable. EN RÉPÉTITION. La rumeur disait que France 3 passerait aussi, tant mieux ! je les ai eu déguisés pour l’occasion… Du pur rock. Un peu show off, très bonne ambiance, et surtout… un jeu précis. Des mecs capables de se prendre la tête longtemps sur l’une ou l’autre transition, à se demander comment font les vrais, au fait… ça joue mieux que ces derniers ! Passion intacte.

Les Four Horsemen, eux, sont parisiens. Je les retrouve un soir au Centre Musical de la Goutte d’Or, là aussi c’est deux heures. Je me rappelle mon sentiment mitigé, les vidéos youtube, tout ça… j’oublie vite la première impression : rarement vu un groupe qui se donne autant ! Eux ne se déguisent pas, ça ne les intéresse pas, et les solos sont assurés par les deux guitaristes (dans le vrai Metallica, c’est Kirk Hammett qui s’y colle, James Hetfield étant plus rare de ce côté-là). C’est fabuleusement technique, beaucoup de groove… les fans de Metallica aiment bien tâcler Kirk Hammett, réputé malhabile en live – façon de parler, quand même… – mais là, faut bien le dire : aucun « pain » à relever. C’est propre.

Alors, forcément, quand je retrouve les deux groupes au Nouveau Casino quelques jours plus tard, je m’attends à quelque chose d’épique… et je ne suis pas déçu. Sûrement l’un des meilleurs concerts auxquels j’ai pu assister dans l’année ! vraiment. Salle presque comble, et acquise ! Un ou deux titres à peine, et Riff Raff a déjà conquis le public… la suite paraît facile. Alors, quand les Four Horsemen débarquent sur scène, c’est presque trop facile pour eux… qui ne s’économisent pas pour autant ! Dans les deux cas : une setlist de fans pour les fans. Comprendre : des titres très appréciés de ces derniers mais trop rarement joués par les « vrais »… Évidemment, j’oublie volontiers à ce moment que je suis journaliste : c’est le fan qui shoote… Est-ce que c’est grave ?

Je vais continuer à suivre ces groupes – et quelques autres, évidemment… – dans les mois qui viennent. À suivre… En attendant, quelques photos de leur live sont ma page facebook : Riff Raff & Four Horsemen @ Nouveau Casino – May 2011.

Get more:

— Quelques photos de leur concert à Paris : Riff Raff & Four Horsemen @ Nouveau Casino – May 2011 ;
– Les Four Horsemen sur Myspace ;
– Riff Raff sur myspace.