L’hiver, le froid, mal au dos, matos lourd, petit bureau, dans ma chambre. Et la déprime de saison ? ok, peut-être. Je travaille de plus plus, et donc je sors régulièrement de chez moi… mais je reste aussi beaucoup devant mon ordinateur. Malheureusement, mon bureau n’est pas idéal, et il faut vraiment que je trouve quelque chose en dehors de la maison, histoire de me dépayser un minimum… Le taf à une minute du lit, certains en rêvent, moi ça m’angoisse.
Dominique Reynié au siège du Monde, jeudi 16 décembre 2010.
Et donc hier ? Réveil tardif, pas très envie d’affronter ma to-do-list longue comme un bras, euh, long, dont quelques urgences : un editing pour Propos, quelques coups de fil à passer… 11h, tu prends ta douche, ok, tu vis de la photo, mais tu ne sais plus dans quelle direction tu vas… Je croyais qu’avec l’expérience, tout deviendrait plus facile : il n’en est rien. Au contraire, alors que depuis quelques mois, on m’appelle régulièrement pour un portrait ici, un reportage là, je me pose de plus en plus de questions : la première est celle du style, de l’esthétique que j’adopte… et puis ça me chatouille de travailler en direction de la pub : ça paie un peu mieux que la presse, les enjeux professionnels sont importants – j’adore la pression – et je pourrais me consacrer plus souvent à des sujets perso en m’inquiétant un peu moins de mes revenus. OK. Mais par quel bout la prendre ? Trouver un agent fait partie du plan : bosser avec quelqu’un qui a du recul par rapport à ce que tu fais, par rapport au milieu, abandonner petit à petit certains boulots chiants pour se concentrer sur des projets plus motivants.
Et puis, hier, l’opportunité de trouver un bureau bien situé avec des gens cool – mais rien n’est joué –, puis un coup de fil du Monde pour venir photographier dans leurs locaux le politologue Dominique Reynié (interview à paraître samedi après-midi). D’un coup, journée bouleversée ! tu vérifies la charge de la batterie du flash qu’en fin de compte tu n’utiliseras pas, tu files à Saint Lazare visiter les bureaux, tu reprends le métro pour Glacière, tu rigoles quand ceux qui te bousculent s’aperçoivent qu’un pied photo, en fait c’est douloureux…
J’aime bien travailler pour le monde. D’abord, il y a l’ego – oui, Le Monde, quoi – et puis surtout, je photographie des sociologues, des politiques… ou un scénariste. Et puis un bureau… pouvoir couper avec une journée de boulot une fois rentré. Le rêve (j’ai des rêves simples) ! Et la journée se termine au Chien Stupide avec ta femme et une amie… parfait, tu fais moins la gueule.
La semaine dernière, je suis allé photographier Édouard Balladur, ancien Premier Ministre : « je ne veux pas que vous me fassiez trop poser, hein. »
Edouard Balladur, ancien Premier Ministre, dans son bureau à Paris en septembre 2010.
Bon, ok, c’était sympa, l’idée de la fenêtre, mais j’ai galéré avec la mise au point, l’autofocus du D700 partait dans tous les sens à cause du contre jour… Évidemment, j’ai fait semblant de tout maîtriser. Mais chut, pas un mot sur les 3/4 d’images parties à la poubelle… Ou comment démontrer l’utilité de la prise de vue en rafale. Il s’est tout de même prêté au jeu de bonne grâce, ça a facilité les choses, mais je songe encore un peu plus à utiliser le moins de matériel possible. Dans les mois à venir, pour la presse, je vais laisser mon flash tranquillement au placard. Un réflecteur, un appareil, un 35 mm et un 50 mm… what else?
La semaine passé, c’était la rentrée pour de bon : Challenges m’a envoyer chez Mediapart pour photographier Edwy Plenel. Pas seulement un portrait, d’ailleurs celui ci-dessous ne paraîtra pas : la rubrique, c’est la ludique « Comment gouverne… » dans laquelle on présente un dirigeant dans son bureau, et les objets qui s’y trouvent… du moins ceux qui font sens par rapport à sa démarche !
Edwy Plenel, co-fondateur du journal en ligne Mediapart, ici dans son bureau à Paris, en septembre 2010. (photo : Antoine Doyen)
C’est à paraître dans Challenges du 30 septembre prochain. En attendant, je reste fasciné par ce type : tu l’écoutes présenter son journal et, 1h plus tard, tu es abonné… Je ne serais pas mécontent qu’il y ait plus de journalistes comme lui dans les rédactions !
La semaine passée, je me suis rendu à Garches pour rencontrer le professeur Christian Perronne, infectiologue a l’Hopital Raymond-Poincaré de Garches et président de la commission spécialisée dans les Maladies transmissibles du Haut conseil de la sante publique (HCSP) – ouf.
Christian Perronne
Séance portrait typique de presse corporate, j’y suis allé pour le compte des… Lettres aux professionnels de santé de l’Assurance maladie (oui, dans la santé, on aime faire long). Évidemment, peu de chances qu’ils aient choisi la photo ci-dessus, mais on a pu faire quelques photos pas inintéressantes, sur ces vingt minutes de rendez-vous ! Il y a avait des contraintes (fond blanc détourable, ou environnement hospitalier…) mais j’ai vu pire. J’aime bien faire ce genre de petit portrait, pas de flash, lumière naturelle, dépendant de l’éclairage du lieu… et j’ai moins mal au dos.