[lang_fr]Il faut réformer l’attribution de la carte de presse.[/lang_fr][lang_en]Press card allowance should definitely get a lifting.[/lang_en]

[lang_fr]C’est le moment de remplir mon dossier de renouvellement pour la carte de presse. Pour l’obtenir, il convient que je tire au moins 50 % de mes revenus du métier de journaliste. D’office, je dirais que l’idée se défend bien. Mais ce n’est pas si évident dans le cas d’un photo-journaliste.

La presse paie peu la photo. Envoie-t’elle encore beaucoup de photographes à l’étranger ? j’en doute. S’engage-t-elle auprès d’un(e) jeun(e) photographe sur un reportage ? Non, on préfère attendre que le travail soit terminé avant d’envisager tout achat… « Si vous êtes là-bas, on vous contactera » m’a-t-on répondu alors que je préparais un départ en Afrique de l’Ouest (du coup, j’avais reporté par sécurité).

Travailler coûte cher.

On part toujours en commande mais, en ce qui me concerne, le montant journalier varie de 150 à 400 euros… brut. Ça peut paraître bien payé si on compare cela au SMIC (certains de nos employeurs le font…). Oui, si ce n’est que le matériel utilisé (de l’ordinateur à l’appareil photo) coûte cher, sans parler de la place pour stocker cet équipement, et je ne parle même pas d’archiver les photos… ni même de la péremption des appareils numériques : mon Nikon F5, sorti en 1996, peut encore me servir. A contrario, mon D70, apparu en 2005, ne saurait guère me satisfaire. Quant à la post-production des images…

Pour tout vous dire, entre l’ordinateur, mon matériel de prise de vue, les tirages pour le book, le développement de mon site web… mon métier de photographe me coûte 350 à 500 euros par mois. Vous rajouter à cela un loyer parisien dans les 450 euros… C’est peu dire qu’il vaut mieux entretenir de bonnes relations régulières avec ses employeurs.

La tentation réalité du corporate.

Si la presse va mal, ce n’est pas (autant) le cas dans l’édition d’entreprise. Et même si je travaille de la même manière que pour la presse, photographier la MMA pour le compte… de la MMA, ce n’est pas photographier les anti-avortements pour le compte de la Tribune de Genève. Ce n’est pas non plus le même tarif : 2 jours de reportage à Wichita, c’est 400 euros pour le sujet (eh ouais… et encore, j’ai dû négocier !). Un après-midi à Dreux ? 500 euros. Alors, forcément, quand je produis un sujet perso comme c’est le cas ce mois-ci, sachant que personne ne va le pré-commander, eh bien je suis très content de trouver le corporate : ça me permet de trouver le temps de réfléchir à mes sujets, et surtout… de les produire ! Et puis il y a la précarité : savoir qu’on part en région dans une semaine est une chose, mais savoir ce qu’on va vraiment faire un mois plus tard en est une autre…

…quand soudain, la carte de presse…

Évidemment, le choix de la photo dans le secteur du corporate pose problème. Les tarifs ne sont pas toujours plus élevés qu’en presse, mais j’y trouve de plus en plus de boulot : un après-midi par ci, un matin par là… Quand je fais mes comptes, je vois l’aiguille plonger du côté du corpo… Cette année, j’obtiendrai encore la carte de presse.  Mais l’année prochaine ? Pas si sûr, à ce rythme. Pourtant, je passe les 3/4 de mon temps à travailler pour la presse, qu’il s’agisse des commandes ou, bien entendu, de sujets persos. Lors de mon séjour à New York, je n’ai fait que ça : rencontrer des iconos, réaliser quelques petits sujets avec Clémentine Gallot… La plupart ne seront pas diffusés, hormis un sujet sur le 405 club pris… sans les photos, et un portrait des frères Safdie, Josh & Benny, à paraître dans le prochain hors-série de Trois Couleurs.

En presse d’entreprise, les sujets que je réalise ne choquent pas ma déontologie. Au pire, ils sont juste illustratifs, et au mieux, aussi intéressants que la presse. Et pourtant, la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes (CCIJP) ne s’intéressera qu’à mes revenus. Le temps ? ah ! non…

Ça m’ennuierait vraiment, de perdre cette carte. Je ne l’utilise presque jamais, mais elle atteste de mon statut. Je me fiche pas mal des musées gratuits, mais voilà, avec elle, pas d’ambiguité : je suis journaliste. Sans elle, je vais poser bien des questions…

Et parmi vous, combien trempent dans le « corpo » ? Vous gérez ça comment ?[/lang_fr]

[lang_en]Now is time for me to fill my application for 2010 press card. To get it, I must guaranty that 50% percents of my salary comes from editorial assignments. Indeed, I’d say the idea defends pretty good itself. But, wait: it ain’t that easy when it comes to photojournalism…

Press doesn’t pay photo production too well. Do Newspapers send photographers abroad? I doubt it. Does it provide some kind of insurance to a young photog on a feature?    Nope. They d’rather see the essay once it’s been produced. « Provided you go there, we’ll surely get in touch with you ». That’s what I’ve been told when preparing a trip to Western Africa (I aborted the story at the time, though I’m still working on it).

Working ain’t cost free.

Photojournalist still get assignments – I do – but it varies a lot, from 150 euros a day, or even 100, to 400 euros. Some might want to compare it to the « SMIC » (French minimum wage) since some employer sometimes do, and it does look good, but we do not earn a single compensation for using our own equipment. Which costs a lot, from camera to computer, etc. Digital dies fast: I’m still using my 96’s Nikon F5, but I’m not so sure, whether I’ll still be using my D700 in 2 years… And I’m not even talking about costs of post-processing, here.

In fact, considering I need a professional book, plus a fast and efficient computer in addition to reliable cameras, I estimate my work costs me around 400 to 500 euros per month. Add a parisian rent there, like 500 euros a months (pretty cheap in fact…) and you see why keeping good relationships with employers is nice.

The temptation reality of corporate works.

Should newspapers be a lil’ sick, I wouldn’t say so about corporate edition, though they sometimes tell us about how recessions lowered their budgets. Shooting BNP-Paribas meeting on behalf of… BNP Paribas ain’t the same as working about abortion issues in Whichita for La Tribune de Genève from an editorial point of view. But it ain’t the same fee, either: negotiating a mere 400 euros for two days in Wichita wasn’t easy, while spending half a day in Louveciennes (1hr from Paris) got me 500. Last week, I was on duty… for myself. I knew no-one would pre-order it. I’m not even sure someone will publish it! Besides, I had to turn over three assignments because I was on field…  so here’s the deal: doing corporate stuffs simply allows you to produce journalistic essays you wouldn’t easily do if you had to rely only on newspapers. Plus, you never know what you’re gonna do, two weeks from now… at least, I don’t.

…when the press card, on the other hand…

Of course, choosing to be on duty with corporations doesn’t come easily when you define yourself as a journalist. Truth be told, both works ain’t that different, especially in portraits. The only thing is people must look good with corporate assignments. But it the same with many press magazines… Anyway, though fees aren’t always much higher, I tend to find more work there: you can’t imagine how many magazine the corporate world produces! Right now, I’m still getting more from editorial work, but it might change. Many a photographer (especially in the portrait area) loses his press card those days! They do spend more time on press than anything else, though… at least that’s my case, something like a 3/4 ratio, wether I’m on a personal story or on an assignment. During my stay in New York in June, I did nothing but working on the editorial side: meeting picture editors, building small stories with Clémentine Gallot… Most of them won’t ever be published, like this story about the 405 club… that some magazine took without the pictures (toh!). I got a portrait with the Safdie brothers to be published in Trois Couleurs, though.

Corporate photography doesn’t hurt my feelings. At worst, they’re plain illustrative. At the best, they are good stories that could be featured in an actual newspapers. Meanwhile, CCIJP (commission for the french press card) still only care about about revenues… Time? oh! they don’t care…

It would definitely worry me, to lose the goddamn press card. Not that I care about free entrance to museums… I almost never use it, but it guaranties my status as a professional journo. Not bearing it could raise some silly questions about who I am.

What about you? what about working outside France? How do you organise?[/lang_en]

10 thoughts on “[lang_fr]Il faut réformer l’attribution de la carte de presse.[/lang_fr][lang_en]Press card allowance should definitely get a lifting.[/lang_en]

  1. Pour prendre l’exemple de l’Allemagne, si je ne m’abuse c’est l’association Freelens (Allemagne), qui regroupe tout les photographes là bas, qui est chargé de délivré la carte d’identité professionnelle. Je ne serais pas en mesure de dire si il s’agit d’une carte orientée « journalisme » ou « photographe » mais dans tout les cas, il y a une commission composée de photographes qui se prononce sur la base d’un dossier (déontologie, types de travaux, parutions etc…) et non presque exclusivement sur la base de feuilles de salaires comme cela se fait en France. Pour ma part, je trouve que c’est une des alternatives possibles à l’attribution actuelle de la carte de presse. Qui plus est, cela permet de rester directement en phase avec les réalités du métier.

  2. En Suisse, il y a deux types de carte de presse: la carte délivrée par les syndicats de journalistes qui a des critères d’obtention un peu plus simples que l’autre, l’autre étant la carte RP, soit registre professionnel.
    Même si pour la première ils disent qu’il faut avoir une activité journalistique qui représente 50% de ton revenu au moins, il me semble qu’ils ne vérifient pas trop et que tant que tu payes ta cotisation c’est bon.

    Pour la carte RP, il faut pouvoir attester de +de 50% de ses revenus venant de la presse + être actif depuis au moins 2 ans dans la presse. Je connais pas tous les détails précis, j’ai pas encore fait les démarches pour l’avoir.

    Ce conflit entre revenus presse et revenus corporate est aussi assez sensible chez nous. Comme dans les autres pays, les journaux ont de plus en plus tendance à utiliser leurs propres archives, des images libres ou leurs salariés et donc réduire l’appel aux freelance. Du coup ben statistiquement ça devient de plus en plus dur de justifier >50% de revenu presse. Et effectivement je te rejoins sur le fait qu’il y a des commandes corporate qui sont parfois très stimulantes photographiquement. J’ai la chance de bosser de temps en temps avec le magazine des chemins de fer suisse qui est diffusé gratuitement dans toutes les gares, c’est toujours sympa parce qu’ils tirent les photos en grand, avec beaucoup de pages, du beau papier…

    Certains collègues n’ont quasiment pas fait de presse du tout l’an passé, entre des contrats pub et du corporate. Les clients corporate me semblent aussi plus pérennes et réguliers, mais j’observe pas ça depuis très longtemps.

    Mais effectivement, si la tendance actuelle se poursuit dans la presse, il y aura de moins en moins de personnes capables de recevoir la carte de presse.

  3. Pingback: Et si les photojournalistes étaient les plus aptes à sur-vivre aux mutations des médias ? (5/5) | www.blog.pierremorel.net

  4. It really is a very silly rule.

    But does the CCIJP follow up on the numbers? Do you have to prove in some way, except just making a statement, that it’s above 50%?

  5. Vieux débat. Quand tu penses que tu as des animateurs TV qui ont la carte de presse, évite de te poser trop de questions. Effectivement, elle ne sert à RIEN, mis à part à pouvoir pénétrer sur un lieux à accès limité en cas de sécurité lorsqu’il se passe quelque chose. Donc c’est toujours bien de l’avoir. Tout le monde ment sur la répartition de ces gains, c’était déjà valable il y a 20 ans puisque la presse peine effectivement à faire vivre son homme.

  6. Et bien oui, c’est moi. D’ailleurs, pour tout dire, je ne l’ai plus depuis 10 ans, la carte, mais je vais refaire mon dossier cette année…. Bon, j’ai gagné de l’argent en presse comme quoi c’est encore possible… :=)

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