Sociologie et cinéma font-ils bon ménage ?
J’ai quelques fois évoqué ma scolarité à Paris8, mais pas vraiment ce qui m’a amené à y étudier la socio, n’est-ce pas ?

C’est dommage, c’est pourtant intéressant pour comprendre pourquoi je pratique la photographie.
Aujourd’hui, il n’y a qu’à parcourir les pages du Monde 2 et bien d’autres magazines ou expos pour se rendre compte qu’un certain nombre de photographes se réclament d’un point de sociologique ou quelque chose comme ça. Pourtant, tout ce qu’il font, c’est photographier des gens et aligner des photos prises de la même manière les unes après les autres. Pourquoi pas, c’est vrai que souvent, ça marche.
Pour ma part, je ne sais pas si mon travail se rapproche beaucoup de cette “école”, mais enfin : disons que 4 ans de socio, ça laisse des traces.
Au commencement était la vidéo, j’étais en terminale, j’allais tourner – laborieusement – mon premier court-métrage avec deux crétins et
un tas d’autres qui l’étaient plus ou moins ou qui le sont devenus. Constat quelques mois plus tard, après la première projo ? Fallait améliorer le cadrage. Sérieusement. Non, en fait, le constat est arrivé au moment du bac – avant, quoi : cadrer, ça s’apprend, mais j’avais pas du tout envie de filer dans une école de ciné ou, pire ! une fac de ciné…, et j’ai décidé de faire autre chose. Je savais pas quoi mais j’avais déjà piqué le Nikon FM de mon père. Pas de cellule, aucune notion de photo, je ne savais pas ce qu’était un diaph(ragme) ou alors pas bien, une ouverture ou un rideau… la vitesse, j’avais quand même une idée de ce que ça pouvait être. Une fois qu’on m’a expliqué l’histoire du rideau…
Evidemment, je photographie quelques moments d’attente entre les épreuves du bac, etc. et c’est rarement très bon. De surcroît, la cellule de l’appareil ne fonctionne pas et faut que j’évalue. C’est du négatif couleur fuji ou kodak, dans la petite boîte y’a des indications de couple ouverture / vitesse, alors je les suis et là ça commence à aller mieux.
Parallèlement, je m’engage un peu trop dans l’associatif et tente un ou deux courts-métrages assez mous du gland, finalement. Je ne cadre pas moi-même mais j’écris les scenarii. Quelque part, je fais donc tout à l’envers.
Je me perds un peu dans une prépa très con pour Sciences-Po où je ne fais rien hormis deux trois trucs dont j’apprendrai plus tard l’utilité, et d’ailleurs c’est comme ça dans l’asso : j’apprends à construire une argumentation et surtout à convaincre les gens. Président d’une asso de vidéo, je dois trouver les thunes pour tourner, gérer le quotidien, et m’engueuler avec un tas de monde plus ou moins bête et con.
Et pendant ce temps ? très peu de photos.
Je finis par filer en socio à Nancy 2 parce que ça m’intéresse de comprendre un peu plus le monde qui m’entoure. Et puis je continue à refuser d’intégrer un cursus qui soit trop proche de mes réelles ambitions – à l’époque, c’est encore le cinéma. Le cinéma est trop important, dit trop de choses pour que l’on se contente de ne vouloir qu’en faire… il faut aussi avoir des choses à dire. Mais bien sûr, je rêve un peu de la Fémis ou de l’INSAS…
On va passer sur les profs qui se la racontent un peu – d’ailleurs c’est tout de même intéressant – et les cours jamais aussi nécessaires que les biblios fournies, d’ailleurs j’ai fini par construire mes cours à partir des bouquins lus. On passera également sur les années action et les (quasi)pertes de temps. Même si quelque part, ça m’évite beaucoup de conneries aujourd’hui, c’est plutôt un bien, j’en fais encore beaucoup…
« Tu devrais cadrer tes films toi-même, tes photos valent vachement plus le coup que dans tes films ».
Je le paraphrase un peu, mais ce que m’a dit en substance Sylvain Mariette, responsable du Aye Aye Film Festival (Nancy) en juin 2002. Vu la qualité de mes photos à l’époque, je sais pas comment il aurait fallu que je le prenne, n’empêche ! le mal était fait : je m’orientai doucement vers la photo à partir de ce moment. La phrase est restée et ça m’est revenu en mai 2004. Pour la plupart de mes potes, c’était le temps des premiers exams de fin d’année. Pour moi, c’était mon premier festival de Cannes. Et puis j’étais depuis quelques jours avec une fille qui me motivait bien. Bref, j’étais là -bas avec l’équipe du Aye Aye et j’avais en poche le film d’un ami dont je m’étais occupé de l’image.
J’étais à Cannes pour le montrer, pour rencontrer des gens. Mais finalement, j’ai compris que je prenais vraiment plus de plaisir à photographier, qu’on prenait plus au sérieux comme ça. Et puis surtout, la photo, ça pouvait se faire seul. Alors quand je suis rentré, j’ai décidé que les films d’étudiant, ce n’était vraiment plus pour moi. S’il a fallu encore un an avant que je ne quitte l’asso que j’avais créée, je rencontrai à Cannes Gérard Marion, de l’APACA. Il était passionné de ciné africain, moi j’y connaissais rien. Finalement on sympathise, on se revoit au Aye Aye Film Festival de juin 2004 où je réalise chaque jour des portraits n&b des intervenants. Et là , je sais pas comment, je crois que naît l’idée d’un reportage sur le ciné africain.
Vous commencez à comprendre ?
Je résume :
- le cinéma, mais finalement la vidéo
- la vidéo, mais des études de socio
- des études de socio, mais un voyage à Cannes
- un voyage à Cannes mais le cinéma africain, ne riez pas, si c’est drôle
- le cinéma, mais la photo…
Et maintenant ? Ben c’est le cinéma et la photo.
Magique.
Non, vraiment, j’allais vous dire pourquoi je suis passé de la socio à mon reportage sur la situation du cinéma en Afrique… il faudra pourtant attendre demain :)
Lecture du moment :
Erving Goffman, The Presentation of Self in everyday life
2006-11-04 at 12.49 am
[…] Il y a quelques années, j’étais un jeune vidéaste, adhérent de l’association action. C’est vrai qu’à l’époque, je souhaitais devenir réalisateur de cinéma. […]
2007-01-01 at 1.56 pm
Intéressant comme parcours, j’ai eu des hésitations un peu du même genre:
- le cinéma mais la vidéo
- l’envie de FEMIS mais la fac
- le cinéma mais l’édition
- l’édition mais la librairie
- la librairie et heureusement la photo
comme quoi il a vraiment fallu en rabattre.
bonne route
antoine
2007-01-27 at 2.17 pm
A la fois rassurant et inquiétant: je ne suis pas le seul à avoir un parcours bizarre!!!
- Envie de cinéma mais lettres modernes
- Decouvertes d’auteurs géniaux (Gide surtout)mais BTS audiovisuel après avoir eu ma premiere année,
- A fond dans le ciné (docu), mais réorientation vers la socio en 2ème année…
- Et l’an prochain: enfin les deux, 3ème année de ciné + 3ème année de socio en meme temps, advienne que pourra.
Bonne route dans la photo, mais en gardant Goffman (ou le Outsiders de Becker!) sous le bras
2007-01-27 at 2.18 pm
et j’oubliais: 2 voyages en Afrique, et photos aussi mais pas du ciné, du théâtre Burkinabé
2007-03-15 at 1.00 pm
Salut toi § c’est ilyas je voulais te contacter par téléphone mais je n’ai plus tes coordonnées Peux tu me contacter stp? aplus lami
2007-07-11 at 10.40 am
[…] j’avais beau dire : Je reviens toujours au cinéma. […]